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Comme promis, voici le premier épisode du récit de notre voyage vers la Méditerranée par les canaux de Hollande, de Belgique et de France. Nous avons quitté Kortgene et notre cher Veerse Meer pour rejoindre l'Escaut via l'Oosterschelde et le canal de Wemeldinge. La navigation sur l'Escaut jusqu'Anvers ne pose pas de problème, mais je n'aurais pas voulu le faire sans carte et ou par mauvaise visibilité. Une fois passé Anvers, nous n'avions plus de carte et nous n'étions pas persuadés de devoir prendre ce "pipi de chat" qu'est le Ruppel, d'autant plus que quelques centaines de mètres plus bas nous voyions une belle écluse toute neuve. Nous apprendrons plus tard qu'elle n'est pas encore en service et pas encore raccordée à l'Escaut. A la vielle écluse de Wintham, nous devons acquitter une taxe de mille francs pour naviguer ne fut-ce qu'un seul jour en région flamande. Pour ce prix, tous les ponts se lèvent devant nous même si quelques fois nous devons attendre le bon vouloir du préposé (pont de Buda). Séjour au BRYC moyennant 40 frs par M. et par jour, en échange de quoi nous avons droit aux sanitaires, à l'électricité, l'eau et surtout à l'utilisation de la grue. Nous préparons le bateau pour son utilisation fluviale, c'est à dire que nous le ceinturons d'abord d'une bâche destinée à protéger la coque puis de pneus qui nous permettrons une relative sécurité dans tous les types d'écluses. Le mât est couché et posé sur trois supports fabriqués en bois pour la circonstance au maximum du tirant d'air disponible, soit 3,5 M. afin qu'il nous gène le moins possible sur le pont. Nous "gréons" et reconnectons quand même l'antenne de la radio VHF. Nous embarquons aussi deux vélos et un maximum de mazout, vu son prix en France. Départ de Bruxelles le vendredi 19 avril. Il est inhabituel de parcourir le boulevard extérieur de Bxl, la Porte de Ninove et la chaussée de Mons à ce niveau et à cette vitesse. Dès la sortie à Ruisbroek le décor est déjà beaucoup plus champêtre. Passage devant les forges de Clabecq, une des rares sidérurgies encore en activité le long du canal mais pour combien de temps encore ? A noter que pour les 1.000 frs. un préposé Flamand nous aide à nous amarrer à chaque écluse. L'écluse n° 5, à Ittre, première écluse
de la région francophone est un modèle que viennent visiter
même des ingénieurs Japonais. Notre participation aux frais de fonctionnement des voies navigables en région Wallonne s'élève à 35 frs pour le parcours complet depuis Ittre jusqu'à la frontière française. Nous passons ensuite le plan incliné de Ronquières, autre superbe réalisation technique pour passer la nuit juste après celui-ci sur le pont-canal qui domine toute la campagne environnante. Le 20 avril, nous redescendrons d'écluse en écluse vers Charleroi et le paysage est d'un tout autre type, mais non moins impressionnant : toutes les usines ont des portiques pour ponts roulants qui surplombent le canal. Comme tous ces portiques sont couverts nous naviguons presque dans un souterrain où règnent bruits et poussières. La Sambre que nous empruntons ensuite est à l'image de la région, à l'abandon. Les seules industries qui y fonctionnent encore sont les usines de démolition et de récupération des métaux qui démembrent les anciennes industries de la vallée. Peu à peu la nature reprend ses droits sur ces paysages et l'ensemble est finalement assez vert.
Face à un des ces témoignages du passé industriel de la région, nous prenons dans l'hélice une grosse amarre style péniche qui nous oblige à un petit bain. C'est évidemment dans un coin encombré de vieilles bouteilles et autres déchets flottants que cela nous arrive. Consolation, elle est moins froide que prévue. Arrêt à Auvelais où des bambins en quête d'aventures détacherons nous amarres en haut du quai pendant notre absence. Heureusement que 2 gardes nous reliaient encore à l'échelle. 21 avril, ignorant que les écluses fonctionnent le dimanche matin, nous passons la journée à Auvelais mais nous mettons cependant en route vers 19 H. afin d'être le lundi matin à l'écluse suivante. Nous nous amarrons devant l'écluse de Morimont. L'éclusier nous regarde faire puis nous signale que les pneus en guise de défense sont interdits et que sans tout enlever, comme c'est lui qui est de service demain, nous ne passerons pas. Nous avons beau lui expliquer que la raison de l'interdiction des pneus est que s'il venaient à tomber dans une écluse, comme ils coulent, ils risqueraient d'en bloquer les portes, et que les nôtres ne risquent rien car ils sont remplis de mousse, rien n'y fait, le règlement c'est le règlement. Nous voyant essayer de les démonter, il change d'avis et nous lui offrons une bière. Lundi 22 avril nous naviguons jusqu'à Namur et essayons de nous amarrer au port de plaisance de Jambes dont les pontons flottants et les cat-way n'ont pas résisté aux crues de l'hiver. A quai, impossible de s'arrêter avec notre 1,80 M. de tirant d'eau. Nous allons donc nous amarrer au "Port du Grognon" en fait un simple bout de quai sans le moindre aménagement. Nous resterons à Namur pendant une semaine, accueillis par des amis et nous en profitons pour peaufiner notre installation à bord. Par deux fois en notre absence, Monsieur Alain Pascal, garde des voies navigables, nous laissera des petits mots, au demeurant forts sympathiques mais nous signalant derechef que les pneus en guise de défenses sont interdits. Dès que nous quittons le bateau, je lui laisse à mon tour un petit mot gentil à côté de la photo extraite d'un dépliant touristique et montrant le bateau de promenade sur la Meuse bardé lui aussi de pneus. Si vous envisagez le même voyage accrochez vous quoi que l'on vous dise en Belgique à vos pneus, car tout au long des nombreuses écluses suivantes, nous avons eu souvent à nous féliciter de leur présence. Dimanche 28 nous gagnons Profondeville, et grâce aux barrages de la Meuse, le niveau en est maintenu malgré la sécheresse, c'est seulement le débit qui en est diminué. Profondeville est accueillante, bien que nous ayons été obligés d'écarter le bateau du bord oblique de la rivière avec notre échelle-passerelle, afin de ne pas heurter le fond à chaque passage de péniche. Adresse à retenir : le restaurant le Belvédère, situé au sommet des rochers, sur la rive opposée à Profondeville. Navigation sans histoire avec arrêt pour visiter les superbes jardins d'Annevoie et escale à Dinant où le "port de plaisance" est un simple ponton sans autre forme d'aménagement, heureusement, en cette saison, personne ne songe à vous faire payer quoi que ce soit. La Meuse devient beaucoup plus sauvage après Anseremme et nous nous arrêtons à Waulsort. Le lendemain, nous franchissons la frontière non sans devoir acquitter la somme de 820 FF aux Voies Navigables de France ce qui nous donne le droit de naviguer pendant 30 jours non consécutifs, dans toute la France mais personne ne se préoccupe de vérifier si la case à cocher sur le document ad hoc l'est bien pour la date idoine. Après le passage du tunnel de Chooz, ou nous dérangeons beaucoup de chauves-souris, arrêt à Givet pour nos premières courses françaises. Un conseil, entrez en France avec les coffres pleins de chocolat, si vous aimez, mais attendez la frontière pour vous fournir en fromages, en pain et en croissants. Le trafic commercial est pratiquement inexistant et les quelques bateaux rencontrés sont des pénichettes de location ou d'autres plaisanciers qui descendent eux aussi vers le soleil. Les écluses sont maintenant soit manuelles soit "automatiques" mais le système n'est toujours pas au point et souvent un préposé surveille la manoeuvre.
Retenez le nom de Laifour comme escale, le quai permet un tirant d'eau de 1,80 M., le village est charmant mais oubliez l'escale de Fumay ou malgré de coûteux investissements il est impossible de s'approcher du quai et où les robinets d'eau ne sont même pas pourvus du filetage permettant d'y raccorder un tuyau. Escale de deux jours à Charleville-Maizières où pour la première fois, nous choisissons le quai payant annexe au camping municipal, il faut dire que pour 45 FF nous avons droit à de l'électricité, de l'eau, des douches chaudes et une laverie, le tout à volonté. La place Ducale est remarquable, tous les bâtiments sont en pierre jaune. Il y a aussi le centre international de la marionnette où à chaque heure une marionnette géante nous joue avec de petites marionnettes une scène de la légende des quatre fils Aymont. Nous quittons Charleville pour continuer la vallée de la Meuse où nous naviguons soit dans celle-ci soit le plus souvent dans des dérivations artificielles. Ces dérivations sont fort étroites et à quelques exceptions près, les berges sont en très mauvais état et il est très difficile de s'en approcher sans toucher le fond. Nous nous arrêtons tantôt en rase campagne, en plantant deux piquets dans la berge, tantôt à des quais organisés en "halte nautique", et même dans les écluses de garde (toujours ouvertes) de ces dérivations, ce n'est pas le trafic qui nous en empêche, il est rare de rencontrer un autre bateau et de toute façon, de par la fermeture des écluses, toute activité s'arrête à 19H30'. A Sedan, le quai ne permet pas à notre 1,80 M. de l'approcher. Les vélos de bord se révèlent extrêmement utiles pour découvrir les curiosités des environs ou pour assurer le ravitaillement. Les écluses sont maintenant tout à fait manuelles et un seul éclusier est chargé du maniement de 5 ou 6 écluses consécutives. Comme nous sommes presque seuls, il nous attend systématiquement à chaque écluse et intercale d'éventuelles autres manoeuvres pendant nos navigations. Cela lui fait beaucoup de route. Nous arrivons à Verdun équipée d'un superbe ponton flottant d'eau et l'électricité, le tout officiellement gratuit. Comme le cancer, la bataille de Verdun nourrit beaucoup plus de gens qu'elle n'en à tués. Verdun vit en grande partie de l'exploitation et du souvenir de la grande bataille qui fit, selon les sources entre 600.000 et 800.000 morts. Nous visitons le champs de bataille et les forts de Vaux et de Douaumont ainsi que l'Ossuaire et les musées. Cela nous donne envie d'en savoir plus et nous achetons une documentation complète sur le sujet. Gratuit mais dépourvu de douche, Verdun est néanmoins équipé d'un très vieil établissement de bains-douches public ouvert seulement le samedi et le dimanche et qui mérite une visite. Après Verdun, la Meuse se fait de plus en plus petite et nous naviguons de plus en plus dans des dérivations qui si elles ne sont pas très larges nous évitent les nombreux méandres de la rivière.
De plus en plus de villages ont aménagé une "halte fluviale" simple petit quai pourvu ou non d'eau et d'électricité gratuit ou non ayant ou non le fond nécessaire et en général pourvu d'un panneau renseignant les curiosités ou sites touristiques et les commerces locaux. Si jamais nous n'avons rencontré de difficultés à progresser au milieu du chenal, s'approcher des bords est toujours hasardeux. Les écluses sont maintenant toutes manuelles mais fonctionnent selon le principe de la programmation. Une série d'éclusiers volants accompagnent un groupe ou un seul bateau et il leur faut savoir la veille au soir à quelle heure vous comptez démarrer, où vous comptez vous arrêter afin de planifier leurs équipes et de faire ainsi des économies de personnel. C'est très joli mais c'en est fini de la liberté de se déplacer et de s'arrêter pour déjeuner et faire la sieste où bon vous semble si le coin vous à l'air joli. Bien que tous ces gens se disent à votre service, cette façon de faire est une sérieuse entrave à la liberté que suppose la navigation fluviale et les vacances. Nous avons donc pris l'habitude, puisqu'ils admettent rarement plus d'une demi heure d'arrêt à midi de naviguer sans interruption jusque vers plus ou moins 13 H et de passer le reste de la journée au même endroit. Cela nous donne tantôt une de ces "halte fluviale" tantôt la forêt la plus profonde tantôt un bassin pas tout à fait envasé Nous ne rencontrons plus maintenant qu'une péniche tous les 3 ou 4 jours environ. Un peu avant Toul, le sol devient calcaire et cela nous vaut une eau merveilleusement claire aux reflets turquoises, assez inhabituel dans un canal. C'est "heureusement" dans une de ces écluses qu'il faut à nouveau plonger pour dégager l'hélice d'un morceau de bâche noire. Après Toul, nous empruntons un tronçon de la Moselle canalisée et les écluses y sont d'une taille impressionnante. Nous sommes bloqués quelques jours à l'amont de celle de Villey-le-Sec par des travaux sur le bief suivant. Heureusement, l'endroit est charmant et à quelques KM de là, à condition de s'inscrire la veille, un boulanger livre la boutique du camping municipal. La vallée de la Moselle est très belle jusqu'à Neuves Maisons, petite ville sans grand intérêt si ce n'est un gigantesque hypermarché.
Plus loin, nous suivons la vallée de la Moselle de plus en plus souvent aussi dans des dérivations, jusqu'à Epinal. Apres Epinal que nous ne visiterons pas car la dérivation qui y mène n'est presque plus utilisée et que je n'ai pas envie d'y planter ma quille dans la vase, nous avons droit à la plus forte concentration d'écluse au M courant de canal. 15 écluses se succèdent sur quelques 3 Km, c'est la "chaîne d'écluse de Golbey" qui nous mène au bief de partage qui serpente dans les Vosges à 360 M d'altitude. c'est le point le plus haut du voyage et, dorénavant, nous ne feront plus que des écluses descendantes vers la Méditerranée. Un petit détail : ce n'est qu'ici que j'ai compris pourquoi le baromètre du bord n'arrêtait pas de descendre. Après cela la descente dans les Vosges est de toute beauté, le canal coule dans la forêt et vous naviguez dans un véritable tunnel de verdure. Moyennant les deux piquets précités et une échelle-passerelle, l'amarrage forain en pleine forêt est une des grandes joie de la navigation fluviale. A Fontenoy-le-Chateau, nous faisons connaissance d'un sculpteur sur acier inox qui envisage de transformer la péniche qu'il vient d'acheter et à couple de laquelle nous sommes en une exposition flottante et itinérante. Ce monsieur, farfelu mais néanmoins très sympathique, nous réalise gratuitement la pièce inox nécessaire à la pose du feu triple de tête de mât, et en plus nous invite à manger chez lui, à Luxeuil. Nous arrivons ensuite a Corre où nous débouchons dans la Saône. Des bornes kilométriques nous apprennent que nous en avons pour 406 kilomètres de Saône, soit jusque Lyon. Nous commençons à ressentir les effets du courant, mais la largeur de la Saône nous permet maintenant de nous arrêter où bon nous semble, simplement à l'ancre dans un bras ou dans une surlargeur de la rivière, et d'en profiter pour une petite séance de natation. Les bases et les "pénichettes de location" apparaissent de plus en plus et nous nous renseignons sur les prix. Surprenant! Il faut la puissance d'achat du mark pour se payer ça. Pour un bateau de six personnes on ne s'en sort pas à moins de 50.000 Bef à 70.000 Bef par semaine. Comme la navigation fluviale est vraiment agréable à condition de prendre son temps, cela doit faire mal aux tripes de voir le compteur tourner quand vous restez une journée entière à lire à l'intérieur pour cause de pluie En matière de chiffres, notre moyenne de dépenses journalière est, jusqu'ici, de 1.251 frs par jour en ce compris les 5.000 frs de droit de navigation en France. Pour ce prix, nous ne nous privons de rien mais ne faisons pas de folles dépenses telle que des restaurants à répétition. Nous avons fait 145 heures de moteur et notre consommation est en dessous d'un litre par heure pour une vitesse de 5 noeuds et un régime de 1.300 tours minute. Nous sommes aujourd'hui, 3 juin, à Gray ou nous nous préparons à visiter le musée Baron Martin. A suivre... |