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Nous sommes restés à Gray trois jours et une journée pluvieuse nous a poussé jusque dans le cinéma local. Nous nous sommes aussi réfugiés dans une wasserette où nous avons regardé tourner notre linge avec beaucoup d'intérêt, il n'y avait rien d'autre à faire sous les trombes d'eau qui s'abattaient dehors. La suite du voyage fut plus sympathique, le ciel restait couvert avec des éclaircies de plus en plus larges et la température montait régulièrement au dessus des 30°. La Saône nous permettait de petits bains et nous nous arrêtions à midi pour déjeuner faire la sieste pendant les heures les plus chaudes avant de repartir soit vers un village ou une petite ville au ponton accueillant soit pour un mouillage ou un amarrage forain en pleine nature. Nous avons eu ainsi l'occasion de nous arrêter à Lamarche, tout petit village dont l'église monumentale nous avait attirée de très loin. Cette église est tout à fait démesurée par rapport à la dimension du bourg. Nous nous arrêtons aussi à Pontalier où il y a soit une marina privée soit un de ces quais à gradins dont nous reparlerons. Celui-ci est complet et nous décidons de nous mettre à couple d'une grosse pénichette de location vu les importantes protections naturelles dont elle dispose. En effet, sachant les locataires en général peu doués pour les manoeuvres, les loueurs ont bardé la coque de celle-ci de grosses bandes de caoutchouc. Une fois amarrés, le locataire allemand (ils constituent 90 % de ceux-ci) sort de son salon et nous explique moitié en allemand moitié en anglais "qu'il n'aime pas beaucoup cela et que nous sommes priés d'aller à la marina". Nous lui expliquons que cette pratique est courante et allons jusqu'à lui sortir la photo d'un port assez encombré où s'alignent 5 bateaux à couples. Il n'admet toujours pas la chose et finira par aller lui-même à la marina, ce que nous lui avions d'ailleurs conseillé. Auxonne mérite une mention dans la liste de nos étapes, un joli ponton y est installé et une charmante hôtesse accueille les touristes batouilleurs dans leur langue et vous fournit une belle documentation concernant la ville. Le tout étant gratuit. De plus, un paysan local vient nous vendre sa petite production de fraises dans une caissette fixée sur le porte bagage de son vélo par un simple élastique, elle sont toutes fraîches et délicieuses. Nous arrêterons ensuite au carrefour de la navigation maritime française, Saint Jean de Losne, en effet, c'est là qu'aboutissent dans la Saône que nous descendons le canal de Bourgogne et la liaison avec le Rhin par le Doubs en partie canalisé. Il y a en pleine ville ce qu'ils appellent la gare d'eau, un grand bassin autrefois haut lieu de l'activité de la batellerie. Seul subsistent quelques chantiers qui assurent les transformations des péniches que l'on aménage pour la plaisance alors qu'une partie de la gare d'eau est occupée par 2 marinas, le reste du bassin s'envase.
Nous choisissons de nous amarrer sur la Saône même, beaucoup plus aérée à couple d'une péniche, solution que nous adopterons souvent. Cela permet de nouer des contacts avec les mariniers toujours prêts à vous raconter leurs histoires. Nous sommes derrière un couple à l'accent suisse bien que venant de Mulhouse, qui ont mis 7 ans pour construire leur bateau, une coque en ferro-ciment de 12 M. Pointilleux ils ont été chercher à une source de montagne, l'eau pour le ciment et ont tout réalisé eux-mêmes depuis la menuiserie jusqu'aux voiles en passant par les poulies. Malheureusement leur prise d'eau de refroidissement moteur se situe quelques 20 cm sous la flottaison et s'obstrue vite de tous les déchets flottants. Qu'en sera-t-il lorsque le bateau gîtera ? Nous ferons aussi la connaissance du gérant de l'une des marinas qui nous emmènera fort gentiment dans sa vieille coccinelle décapotable visiter les Hospices de Beaunes. Nous y retrouverons aussi Suzy Fol, belgo-américaine qui bien qu'ayant changé de bateau recherche toujours un équipier mâle entre 30 et 50 ans pour la suite de son voyage sur "La Belle Poule". Autre étape, Châlon sur Saône, juste aux pieds du musée Nicéphore Niepce. Lorsque nous voulons le visiter, le conservateur nous signale que le musée est fermé pour cause de préparatifs d'une exposition temporaire mais pour se faire pardonner, nous invite au vernissage de l'exposition des oeuvres du photographe russe Rodchenko. Nous visiterons tout le musée, gratuitement et nous aurons droit au champagne à profusion et au buffet dans lequel nous puisons sans complexe et qui nous tiendra lieu de souper. Nous nous arrêtons aussi à Tournus où nous visitons l'abbaye, puis à Macon où nous passerons la "fête de la musique". Pendant 3 jours, chaque coin de rue, chaque terrasse de bistrot est animée tantôt par un chanteur tantôt par un orchestre complet et tous les styles de musique sont représentés Nous passerons ainsi des soirées entières de terrasse en terrasse, malgré un orage intense mais bref. Nous passons aussi 2 jours au mouillage en compagnie d'un bateau belge, Feu Follet, à discuter avec ses occupants Monsieur et Madame Lejeune, qui rentrent d'un périple de 13 ans en Méditerranée. Ils nous renseignent sur les endroits à visiter ou à éviter absolument, et sur les coûts relatifs des différents pays. Un mystère subsiste, le long de la Saône, presque chaque ville et village est équipé d'un vieux quai à gradins composé de marches qui font plus ou moins un mètre, en légère pente vers le fleuve et de contremarches d'une vingtaine de centimètres. Ce type de quai devait avoir une utilisation bien spécifique pour se retrouver identique tout au long de la Saône. Nous avons interrogé les syndicats d'initiatives, les mairies et les vieux mariniers, personne n'a pu nous donner la raison de cette disposition. Si quelqu'un peut nous la fournir ... Nous voici enfin à Lyon, terme de notre voyage sur la Saône et début de la dernière partie de notre voyage fluvial, le Rhône. Nous y arrivons en même temps que Messieurs Chirac, Clinton, Major, Hashimoto, Khol...réunis à Lyon pour le sommet du G7 La ville est en état de siège toutes les poubelles sont verrouillées et la densité de policier au Mètre carré est la plus forte de France (ce qui n'empêchera pas le vol de l'un de nos vélos). Lyon est une très belle ville mariant les grandes réalisations architecturales et paysagères à un charme déjà plus méridional Pour cause de G7, nous avons droit à un superbe feu d'artifice et plus tard, à un grand spectacle de variétés que nous suivrons sur un écran géant d'une terrasse de la place Bellecour. Pour la première fois depuis longtemps, nous y avons pris un métro pour aller visiter, dans le quartier de la croix-rousse, le musée des canuts consacré au riche passé des tisseurs de soie Lyonnais. Nous y retrouverons l'épouse du premier ministre japonais en quête de soieries à ramener en guise de souvenirs et c'est au milieu des gardes du corps que nous quittons la boutique de ce musée. Le funiculaire nous conduit en haut de la colline de Fourvière d'où nous pouvons voir toute la ville de Lyon, la basilique surchargée est, par contre d'un goût douteux. De musées en promenades,et de parcs en jeux d'eau, nous resterons une semaine à Lyon. C'est aussi à Lyon que nous avons fait connaissance avec le courant du Rhône. Il nous réservera bien des surprises. Les écluses du Rhône seront fort peu nombreuses de tailles et de hauteurs impressionnantes et toujours accolées à une centrale électrique. Elles se passeront toutes très facilement et nous nous conformons à la tradition qui consiste à laisser sur les grosses bites flottantes, peintes en blanc le nom du bateau, sa destination et la date. Nous nous arrêtons à Vienne, riche en ruines romaines
et dont le théâtre antique accueille le festival "Jazz
à Vienne", là aussi, en marge du festival, toutes
les terrasses sont animées de musiciens dès la nuit tombée. Les enfants venant nous rejoindre pour la semaine du 14 juillet, nous avons choisi de les attendre en Arles ce qui nous force à 2 journées de navigation "intense", nous irons jusqu'à naviguer 8 heures d'affilée. Deux jours durant, nous progresserons sous une suite presque ininterrompue d'orages et de trombes d'eau qui, au plus fort de leur intensité, nous empêche même de voir les berges de part et d'autre. C'est dans ces conditions que nous accostons à Saint Etienne des Sorts, trempés et fourbus. Ce tout petit village a pris l'initiative d'installer, pour les plaisanciers, un beau petit ponton, juste assez long pour deux bateaux. Nous y sommes six, Nous sommes à couple d'un bateau Suédois descendant lui-même à couple d'un Hollandais montant. Météo France lance un avis d'alerte pour la nuit et de fait, les orages se succèdent. Le lendemain, gonflés ainsi que ses affluents, par trois jours de pluies torrentielles, le Rhône aura monté de quelques mètres et le courant voisinnera les 5 à 6 noeuds. Les deux bateaux montants nous quittent et nous les verrons pendant longtemps peiner contre le courant. Autre surprise, nous voyons régulièrement passer des branches et des troncs complets amenés semble-t-il par l'Ardèche et dont notre coque garde encore le souvenir. L'eau transparente avant tout cela est maintenant boueuse d'une couleur brun clair. C'est à cette couleur de l'eau que les gens du pays ont reconnu une crue de l'Ardèche. Opération moral en hausse nous décidons de manger au seul "café-tabac-magasin-restaurant" du village. De toute façon, le supermarché est à plus de 15 km et le magasin local ne fournit que du jambon séché et quelques conserves. Bien nous en à pris, car le menu unique y était délicieux et abondant pour une somme modique. Nous y avons retrouvé d'ailleurs tous les autres batouilleurs bloqués comme nous. Le lendemain, le courant n'a pas diminué mais à Dieu vat nous allons dans son sens. Nous allons vite, mais nous n'allons pas loin, à la première écluse, on nous signale que le débit maximum du Rhône est atteint et que la navigation doit être interrompue. Nous passerons l'après midi et la soirée avec quatre autres bateaux tous de nationalité différente et nous improviserons, sur la berge, un fort sympathique barbecue. Escale en Avignon. A la "chère marina" pour nous immerger le temps d'une soirée dans l'ambiance du festival. Nous gagnons ensuite Arles où les enfants doivent nous rejoindre. Il y a un ponton aménagé avec eau et électricité et nous sommes accueillis par le capitaine du port "Roger" ancien de la marine française, personnage haut en couleur et à l'accent savoureux. Dès nos premières soirées, il y a barbecue général sur le ponton et c'est à la suite de l'un d'eux qu'une maladresse précipite nos huit fourchettes, héritage de ma grand-mère, dans le Rhône. Le courant est toujours très fort et l'eau toujours boueuse mais je plonge néanmoins muni d'une ligne de vie et c'est complètement en aveugle que j'en récupérerai quatres sur les huit. Un petit bateau français avait décidé, comme les deux ponts d'Arles sont assez haut et qu'il n'y en a pas d'autre, jusqu'à la mer, de remâter dans une ancienne écluse située en aval des ponts. Cela fait, ils sont revenus passer la nuit au ponton, en amont des deux ponts. Surpris comme nous l'avons été par la montée des eaux, ils sont maintenant coincés devant les ponts en attendant la décrue. Deux bateaux anglais essayent de remonter vers le nord, mais reviendront découragés, après avoir mis des heures pour parcourir quelques kilomètres. Nous avons profité de la visite des enfants et de leur voiture pour visiter avec eux toute la région, la Camargue, Saintes-Maries-de-la-mer, Uzes, Nimes, les Alpilles et les Beaux de Provence. Le feu d'artifice du 14 juillet est tiré du pont à quelques cents mètres de nous, et nous sommes aux premières loges, merveilleuse soirée ! Roger se coupe en quatre pour nous rendre service, met sa voiture à notre disposition et monopolise même sa famille pour nous renseigner sur la préparation de la lotte. Il gardera une place d'honneur dans nos souvenirs. Nous quitterons Arles avec beaucoup de regrets ! Il ne nous reste qu'une vingtaine de kilomètres pour atteindre le terme de notre odyssée fluviale : Port St Louis et je profite une dernière fois de l'eau douce pour simuler une chute à l'eau avec la veste flottante et le harnais de sécurité. Cela fonctionne, la flottabilité est suffisante, même sans les sous-cutales, et même remorqué par le harnais, la tête reste hors de l'eau. Ceci dit, il faisait clair, il n'y avait pas de vagues, l'eau était chaude et je ne venais pas de prendre un coup de bôme sur la tête. A Port St Louis, nous nous amarons en face du chantier de Jean-Louis
Messiant pour remâter, sur les conseils unanimes de tout le monde.
Il est vrai qu'il ne faut pas être pressé, cela tombe bien,
nous ne le sommes pas. Je joue l'assistants-mâteur sur d'autres
bateaux et suis bien rôdé pour le nôtre. De pastis
en pastis et de mat en mat, nous resterons là aussi une semaine,
a l'écoute de tous les avis des navigateurs qui eux reviennent
de la grande bleue et les tuyautant à notre tour sur l'itinéraire
fluvial. Vient enfin le grand jour, la dernière écluse nous ouvre les portes de la Méditerranée. Nous traversons pour la première fois depuis longtemps, à la voile, le golfe de Fos et comme le vent se lève et que le gréement n'est pas encore réglé et que nous ne sommes plus habitués à ce que cela secoue (il nous faudra un certain temps pour en reprendre l'habitude) nous nous réfugions à Caro.
Nous irons ensuite mouiller pour la nuit aux îles du Frioul, face à Marseille et au château d'If. Le mistral se lève et nous empenelons (deux ancres de type différent séparées par quelques mètres de chaîne) cela tiendra toute la nuit malgré les rafales et les mouvements du bateau qui se "dandine" de gauche à droite et présente donc régulièrement ses flancs au vent. Dans la journée, le vent ne faiblit pas et devant la perspective d'une deuxième nuit d'angoisse, nous nous réfugions vers 21h dans le port tout proche. Nous rendons visites aux calanques de Cassis, merveilleuses mais fort encombrées en cette saison. Nous passons au large des îles de Porqueroles et de Port-Cros pour les mêmes raisons. Nous ne faisons escale que dans les endroits où nous avons des raisons de le faire, le plus souvent des amis que nous rejoignons. c'est ainsi que nous visiterons les Issambres, Port Grimaud, St Tropez et les marines de Cogolin. tout ces endroits sont fort beaux mais en juillet et en août, toute la côte française est minutieusement et systématiquement organisée pour que le moindre endroit abrité vous soit facturé au minimum 120FRF la nuit. C'est décidé, à la première occasion, nous mettons le cap vers l'île d'Elbe. A suivre... |