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Même si le retour de la Belgique vers la Tunisie au terme de notre mois de "vacances" ne fait pas vraiment partie de nos aventures de navigation, nous vous conterons cependant celui-ci car ce fut jusqu'à présent la partie la plus "sportive" de notre périple.

Nous sommes partis de Bruxelles le jour de Noël pour une première étape à Arlon. La moto était bien chargée et l'ensemble, passagère et conducteur compris ne devait pas être loin des 400 Kg. Pas le genre léger et maniable sur des routes glissantes. Sur l'autoroute, tout va bien : deux bandes sont dégagées mais dès la sortie pour le village de Houdemont, où réside ma cousine, la route est couverte de verglas. Maximum 5 Km/h et les deux pieds par terre, nous sommes arrivés. Le plus dur fut de tenir debout le temps de laisser descendre Corinne puis de descendre à mon tour et de mettre la moto sur son pied. Le tout avec bien sûr tous les membres engourdis par le froid.

Un grand bain très chaud sera à chaque étape le seul moyen de nous réchauffer à fond, et encore faut-il y mariner longtemps.

Le lendemain, +/- 500 Km au programme, sous un froid polaire, mais qui nous offre des paysages dignes des contes de fées ou des décors de Walt Disney. Tout l'environnement est "prisonnier" d'une couche de glace qui enrobe le moindre brin d'herbe et la moindre branche. Beaucoup d'arbres ploient sous le supplément de poids engendré par la couche de glace, certains sont même déracinés. Mais l'ensemble sous un rayon de soleil est féerique, cela brille de mille reflets. Evidemment cela n'arrange pas nos genoux et nos doigts.

Nous nous sommes arretés à Morat, charmant petit village près de Fribourg, où des amis navigateurs suisses nous avaient prèté leur maison. Bain pour se réchauffer, petit (-4°) tour dans le village, fondue et dodo.

Il nous restait les Alpes à traverser. Le teletexte suisse, bien organisé nous avait appris que la montée vers le tunnel du St Bernard nécessitait des châines... Très peu pour nous, par contre la montée vers le Gottard et sa descente dans la vallée du Tessin sont libres. Tant pis pour les quelques kilomètres de plus.

Nous avons eu beaucoup de chance, par deux fois la neige s'est mise à tomber devant nous mais comme il faisait tres froid et sec, la neige volait au passage des voitures et ne s'accumulait que sur les bandes de gauche et de secours. La Suisse, c'est propre et c'est cher ! De fait les accès au tunnel étaient parfaitement dégagés malgrés une épaisse couche de neige sur tout le paysage. Nous étions gelés mais emplissions nos yeux de ce spectacle grandiose.

Enfin la plaine du Pô et Milan, il y fait déja moins froid mais il gèle toujours et il nous reste quelques petites montagnes avant d'arriver à Gènes. Les tunnels italiens ne sont pas aussi bien éclairés que les suisses et surtout, l'étanchéité y est moins bien soignée. Que peuvent faire quelques gouttes d'eau qui suintent par la voute ? Eh bien par un temps de gel, cela fait une superbe plaque de glace sur la route ! Nous avons vu une belle Porshe qui nous avait depassé en trombe se faire prendre à ce piège ... PLUS de belle Porshe !

A Gènes nous avons fait le plein de saucisson et de jambon italien, ce qui n'a pas vraiment arrangé notre chargement, déjà un tantinet lourd et encombrant. Mais, mis à part les manoeuvres d'embarquement et de débarquement du bateau, il ne reste que 160 Km d'autoroute de plaine.

Il nous fallut quarante minutes d'attente dans le vent, par une température de -4°, pour nous voir échanger nos billets contre d'autres qui nous permettaient enfin d'accéder à bord de l'épave flottante qui s'est contentée de nous transporter jusque Tunis, à défaut de tout autre service.

Embarqués à midi nous apprenons que le maigre self-service qui doit assurer notre survie n'ouvre que le soir à 19h, il y a aussi un petit bar mais comme c'est le même personnel qui assure son service il n'est ouvert que quelques heures par jour, quand il ne faut pas préparer ou "servir" les repas. A propos de repas, il n'y en avait que deux par jour, le petit déjeuner n'était simplement pas prévu. Inutile de dire que nous avons puisé dans nos provisions italiennes.

La "cabine", dont nous avons gardés des morceaux de rouille provenant des parois à titre de souvenirs, était comme l'ensemble du bateau à une température de 8° à notre arrivée, et, après moultes réclamations, il a fallut attendre 21H pour que "la vapeur monte en pression" et que le bateau soit enfin chauffé (il était resté longtemps à quai, inutilisé). Au premier repas du soir, tout le monde a mangé en grosse veste, gants et bonnets de laine.

Beaucoup de gens, habitués à cette compagnie avaient été prévenus de ce qu'ils auraient un bateau "plus simple" car les bateaux habituels de cette ligne étaient réservés à des croisières de luxe pour la nouvelle année. Ils sont cependant décidés à demander une solide réduction à leurs agents, ce qui serait une bonne chose à envisager en Belgique,"à titre commercial" comme on dit d'habitude.

Les formalités de débarquement en Tunisie sont les mêmes que pour une arrivée en "petit" bateau. Tout simplement il faut multiplier le temps par le nombre de passager, soit, au total, quelques heures, mais, la moto et nous, sommes finalement admis sur le sol tunisien. Quelques 160 Kms de superbe autoroute et nous voilà chez nous. Cela fait plaisir de retrouver le bateau et son petit confort douillet après tant de froides péripéties.

Tellement froides que nous les payerons tous les deux d'une bonne crève et c'est du fond de notre couchette que nous entendons les festivités du port pour la nouvelle année.

Un de nos amis, Gilles Deprez, moniteur de plongée nous a ensuite rejoint pour une quinzaine de jours et nous en avons profité pour explorer tous les fonds sous-marins des environs et surtout pour expérimenter et s'amuser avec la toute nouvelle caméra vidéo sous-marine que mon papa nous avait offerte. Resultats concluants que nous vous montrerons à l'occasion.

Nous avons ainsi accueilli plusieurs de nos amis qui chaque fois, nous approvisionnaient en produits belges divers tel que chocolats, saucisson ou fromages, dont nous sommes relativement privés ici.

J'ai aussi mis a profit mes quelques connaissances en électricité pour refaire complètement les instalations électriques de deux bateaux amis qui passaient aussi l'hiver ici. C'est fou ce que les gens par ailleurs soigneux dans beaucoups d'autres domaines, peuvent se contenter d'une installation électrique brouillon, où tout le monde a rajouté des fils de n'importe quelle section, de n'importe quelle couleur et cablés n'importe où. Cela donne en général un tel plat de spaghettis derriére le tableau que l'on n'ose même plus l'ouvrir. On prie pour que cela continue à marcher.

Se pose aussi un autre problême : la moto arrive au bout de ses trois mois de séjour autorisé en Tunisie. Il faut sortir du pays et y rentrer. Par terre, deux possibilités, la Lybie et l'Algérie. L'Algérie pour le moment, nous n'y tenons pas trop, les non-musulmans n'y sont pas accueillis avec le sourire. ou alors un autre genre de sourire. Nous nous sommes rendus à Tunis, à l'ambassade de Lybie pour nous entendre dire qu'il est purement et simplement interdit de pénétrer dans le pays sans une raison valable à leurs yeux, tel qu'une invitation ou des affaires à traîter.

Reste donc le ferry vers la Sicile, mais nous apprenons que non seulement cela coûte plus de trois cents dinars mais qu'en plus il n'y a qu'un bateau par semaine qui fait un aller retour à partir de la Sicile. Sous entendu, il nous faut y rester une semaine. Au prix des hotels et de la nourriture en "Europe", ce n'est pas encore la bonne solution... C'est alors que le miracle se produit. Des gens adorables, propriétaires d'un catamaran merveilleux de 18m nous on proposé d'embarquer la moto et de faire un tour jusqu'a Pantaleria, une île italienne située à quelques 80 milles d'ici, à mi-chemin entre la Tunisie et la Sicile. Reste à faire admettre aux douaniers qu'une moto entrée par ferry à Tunis et inscrite sur mon passeport sort du pays sur un bateau de plaisance, puis y rentre et doit être inscrite sur le manifeste douanier de ce bateau. Reste à la transférer sur le manifeste d'Annie. L'ensemble prendra quelques trois jours de palabres avec l'aide précieuse du directeur de la marina. Embarquer la moto n'a pas posé de problêmes grace aux bonnes volontés de tous et surtout grâce aux winchs électriques de "l'Onde Marine", notre bateau-hôte.

Départ le soir par une mer calme et sans vent, succession des quarts mais vers deux heures du matin le vent se lève, trois ris dans la grand-voile et nous filons encore dix noeuds, les vagues passent au dessus de la nacelle, pourtant située à plus de quatre mètres de la flottaison. Plus de quarante noeuds de vent à l'anémomètre ... et je suis maalaade. Je rassemble mes dernières forces pour participer à l'affalage et aux manoeuvres de port. Une barre terrible déferle à l'entrée du port et nous la franchissons dans des surfs impressionnants. une fois amarrés, petit déjeuner et sieste presque toute la journée.

Le calme avant la tempête

Pizzeria pour la soirée, cela n'a quand même rien à voir avec les pizzas tunisiennes. Nous profitons de notre séjour pour faire un maximum de courses italiennes pour tous les copains restés en Tunisie. Le retour se fera sans problême, sauf bien sùr l'administration avec les autorités locales. Mais soit, sauf contre-ordre la moto est maintenant en règle en Tunisie tant que le bateau le sera.

Nous avions prévu de profiter de l'hiver et de la moto pour faire de longues incusions dans le sud tunisiens. Entre les visite des copains (toujours les bienvenus, n'ayez pas peur de nous rejoindre l'année prochaine), le retour en Belgique et les travaux d'entretien et d'aménagement du bateau,(celui-ci a maintenant une belle capote "en dur" faite d'iroko et de plexi),nous n'avons guerre été plus loin que Tunis. Et encore était-ce pour des motifs utilitaires.

Donc nous reviendrons ici l'hiver prochain. l'endroit est charmant, les produits frais (surtout les légumes et les fruits) sont délicieux et pas chers. Les gens son charmants. A ses début (il y a une dizaine d'années), la marina de Monastir a attiré les navigateurs qui vivent sur leur bateau toute l'année par ses conditions matérielles. On y trouve tout le confort habituel pour un prix assez inhabituel. Cela s'est vite su dans le petit monde des batouilleurs méditerranéens et maintenant c'est surtout le côté "social" qui les rassemble ici. Il est en effet plus agréable de passer 6 mois tous ensemble avec plein d'activités diverses à la clef, que de voir pendant la même période la seule tête de l'épicier grec qui de surcroit ne bredouille que quelques mots d'anglais, sous prétexte que "l'endroit est superbe".

Tous commencent maintenant à faire des projets pour l'été et nous envisageons soit de remonter vers la Sardaigne qui nous avait fort plu lors de notre descente l'année passée, soit de suivre quelques bateaux amis vers Malte et la Sicile...


à suivre...

 
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