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Après le départ de nos amis venus passer en notre compagnie leurs vacances de pâques, nous avons effectué les quelques travaux qu'il nous restaient à faire, soit le remplacement d'un joint dans le moteur et surtout le ponçage-revernissage de tous les planchers.

Puis nous sommes enfin partis, après 5 mois d'hivernage, que finalement nous n'avons pas vu passer. On nous pose souvent la question de savoir, en fait, à quoi nous passons nos journées. Nous sommes bien incapables d'y répondre mais le fait est que ces 5 mois ont défilés sans jamais qu'un jour, nous ressentions le moindre ennui. Cela est sans doute dû à la variété de nos activités et de nos rencontres.

Bref, nous sommes partis, mais pas dans la direction que nous avions prévue. Après avoir annoncé tout l'hiver que nous envisagions de faire à notre aise le tour complet de la Sardaigne qui nous avait tant plue lors de notre descente vers le sud mais que nous n'avions pas eu le temps de découvrir comme nous le voulions, nous sommes partis vers l'est, vers l'île de Lampedusa puis vers Malte pour y rejoindre un bateau amis en compagnie duquel nous avions déjà passé, à Monastir, beaucoup de moments très agréables.

Nous avons quitté notre havre hivernal en même temps qu'"Archibald", non sans une certaine émotion. Nous avions passé avec Véronique et Simon tant de moments inoubliables que ne pas partir dans la même direction était un véritable déchirement. Toute les heures nous nous recontactions par radio bien après qu'ils aient disparu derrière l'horizon. Quand pour la dernière fois nous avons entendu "Annie, Annie, Annie, ici Archibald" et que nous avons compris que eux ne nous entendaient plus, nous avions tous les deux une petite larme à l'oeil.

La nuit fut calme et c'est encore au moteur que nous sommes arrivés au petit matin en vue de Lampedusa, petite île italienne administrativement rattachée à la Sicile et située à mi-chemin entre celle-ci et la côte africaine, face à la Lybie. Cette position lui a valu quelques moments chauds pendant la crise Américano-Lybienne mais maintenant ce n'est plus qu'un petit port de pêche en hiver et quelques hôtels et beaucoup de centres de plongée durant l'été.

Navigation calme

Nous avions prévu de nous y arrêter un jour et une nuit puis de continuer notre route vers Malte mais les éléments en ont décidé autrement et nous avons finalement passé une semaine complète bien à l'abri dans le port pendant que le vent soufflait. Nous y avons retrouvé un bateau ami italien qui avait comme nous hiverné à Monastir. Celui-ci passe la belle saison à "travailler" à Lampédusa en organisant des sorties de plongée pour les clubs locaux. Il nous explique que même si ça souffle dehors, il y a toujours un côté de l'île abrité et que nous sommes idiots de ne pas profiter de ce site exceptionnel. Nous l'écoutons et dès le lendemain, explorons une infime partie des mouillages de cette île et comme d'habitude, c'est avec la promesse d'y revenir que nous quittons Lampédusa.

C'est encore au petit matin que les 3 îles le d'archipel maltais nous apparaissent. Ce n'est pas un hasard, nous calculons toujours notre heure de départ pour arriver le matin à destination de sorte qu'un retard éventuel nous ferait toujours arriver de jour.

Nous sommes dimanche après midi lorsque nous longeons enfin la côte nord de l'île après être passé entre les îles de Gozo et de Comino. Il fait beau et beaucoup de bateaux sont de sortie. En entrant dans le port de La Valette, nous voyons dans les rues un cortège carnavalesque et beaucoup de gens assemblés. C'est la fête à Malte. Nous saurons plus tard qu'à Malte, la fête c'est l'ordinaire, les jours non-fêtés sont l'exception, surtout ceux sans feux d'artifices, s'il y en a, ce doit être en hiver car pendant les trois mois que nous avons vécu à Malte, nous n'en avons pas connu, plus drôle encore c'est que les feux d'artifices commencent dés le matin.

En entrant dans  La Valette

Nos instructions nautiques nous renseignent la douane à un endroit où elle n'est plus depuis cette année. Nous errons donc à la recherche du nouveau poste bien caché derrière un restaurant. Les formalités douanières sont un héritage des Anglais. Ils veulent en principe tout savoir. Où avez-vous fait votre dernier plein d'eau? Qu'avez-vous comme légumes et viandes à bord? d'où proviennent-ils? Quel est le numéro de série du moteur de votre annexe? Mais le préposé réalise bien le côté obsolète de son formulaire et n'est pas très exigeant devant le manque de sérieux des réponses fournies par contre, il est toujours strictement interdit d'avoir le moindre animal à bord.

Nous nous amarrons à couple de l'Onde Marine dont nous apprenons que les occupants sont partis en excursion d'une journée sur le bateau d'un ami. Après la sieste bien méritée (une nuit de navigation n'est jamais qu'une demi nuit), nous les voyons arriver sur "Sandstorm" le bateau de John, ancien ministre des finances de Malte.

Nous étions tous heureux de nous retrouver. Cela faisait trois jours qu'ils nous attendaient pour fêter avec nous l'anniversaire de Corinne et qu'il reportaient de jour en jour une invitation au restaurant "Black Pearl", un ancien bateau en bois coulé puis renfloué et reconverti en restaurant.

Nous avons visité dans tous ses recoins la ville historique de la Valette en leur compagnie. Malte est le résultat du mélange de presque toutes les civilisations méditerranéennes. La base est sicilienne. Sont venus ajoutés aux fils des colonisations et des invasions, des Arabes, des Turcs, des Chevaliers de l'ordre de Saint Jean, des Français et enfin des Anglais. La langue maltaise, le " malti ", est elle-même très bizarre. C'est une base Phénicienne ayant subi les mêmes apports que la population. On y reconnaît quelque mots italiens et arabes mais l'ensemble est totalement incompréhensible pour une oreille habituée à des racines soit latines soit germaniques.

La monnaie maltaise est la livre ( en anglais " pound ") et le taux de change est très facile pour nous, belges. Une livre maltaise est divisé en cent " cents " et vaut cent francs belges. Le niveau de vie est très semblable au niveau européen. Tout les produits sont disponibles avec une dominante dans l'approvisionnement de style anglais. Dans un supermarché, on pourrait se croire en Angleterre, avec, en plus, une plus grande ouverture vers l'extérieur de par leur non appartenance à la communauté économique européenne. Presque toute leur viande arrive surgelée de Nouvelle-Zélande. Cette viande est délicieuse et n'étant pas frappé de taxes d'importations "hors CEE", est proposée à des prix inconcevable en Europe. La meilleure qualité de bœuf ne dépasse jamais les 200 francs belges au Kg.De par sa position privilégiée hors CEE, Malte peut commercer sans problème avec le monde entier et plus particulièrement avec la Libye toute proche et revendre ensuite ce pétrole à qui bon lui semble, contournant ainsi l'embargo décidé suite à la crise américano-libyenne, il y a quelques années.

De ce fait, Malte est riche. L'enseignement y est entièrement gratuit, ainsi que toute la médecine, et ce même pour les étrangers, (héritage des traditions de l'ordre hospitalier de St Jean). M'étant enfoncé une côte avec une boîte de peinture, j'ai pu en faire l'expérience.

La principale activité maltaise est la construction et surtout l'entretien et la réparation navale. Du temps de la colonie anglaise Malte était le centre logistique de la flotte militaire anglaise en Méditerranée. Depuis l'indépendance (en 1969) les Maltais ont entretenu et développé les installations existantes. Malte est maintenant le plus important chantier naval de la Méditerranée. La deuxième source de revenus des Maltais est le tourisme. Située au cœur de la plus belle zone de la Méditerranée, Malte a su valoriser ses côtes et ses plage. La mer y est noire à force d'être bleue. La nature calcaire de l'île lui donne des plages de sable blancs et surtout de superbes eaux aux reflets turquoise. Ajoutez à cela des côtes découpés et pleine de petite criques bien abritées et vous aurez presque la définition du paradis des batouilleurs.

"Blue lagoon"

C'est à Malte qu'a été tourné en 1980, le film de Robert Altman "Popeye", avec des comédiens de chair et d'os, dont Robin Williams dans le rôle de Popeye. Le décor principal de ce film, un petit village où rien n'est droit, appelé "Sweethaven" et niché au fond d'une merveilleuse petite baie, a été gardé et se visite encore maintenant. A voir...

"Sweethaven"

Entre la découverte de l'intérieur de l'île, l'exploration de ses côtes et la découverte des 2 autres îles de l'archipel maltais (Gozo et Comino), la plongée, la natation et la lecture, nous y sommes restés trois mois .Nous avions prévu de rentrer en Belgique au mois de septembre pour assister au mariage d'une fille de Corinne. Le mariage étant reporté, nous avons plutôt décidé de rentrer pendant le mois d'août, époque à laquelle nous avions plus de chances d'avoir un temps correct en Belgique, et ici, période envahie par les touristes et les bateaux de location. De plus, septembre et octobre sont la plus belle période pour naviguer.

Côté navigation, nous n'avons pas vraiment couvert beaucoup de milles, Malte étant à peine distante de la Tunisie de 190 miles, mais nous avons pu apprécier notre nouvelle capote, et encore, jamais n'avons nous eu de nuit de navigation froide.

De retour à Monastir, nous envisageons maintenant de profiter de septembre et octobre pour visiter la côte nord de la Tunisie. Mais cet été nous envisagions de faire le tour de la Sardaigne ...


à suivre...

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