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N'allez pas croire que nous vous avions oublié. L'écart que vous avez pu constater entre la parution de la présente petite feuille de chou et la précédente est simplement due au rythme de nos activités ou plutôt à notre manque d'activité. Une fois revenus de Malte, après l'été 97, nous avons installé notre bateau à Monastir et somme revenus en Belgique pour permettre a Virginie, à qui nous avions laissé toute notre ménagerie lors de notre départ, de partir en vacances à son tour. Dès les premiers frimas redescendus sur notre terre natale, nous nous réfugiames sous les cieux plus cléments de la Tunisie pour un hiver de plus. Nous vous avons déjà conté l'essentiel de nos activités hivernales de "rats de marina". Ce n'est pas très aventureux, mais cette vie nous plaît et notre philosophie de vie est de ne faire que ce qui nous plaît, dans la limites de nos moyens. Un Hiver de plus, donc, puis, en avril 98, nous sortons le bateau de l'eau pour refaire la peinture sous-marine, changer une vanne et le capteur du nouveau sondeur. Nous avions prévu de nous rendre en Grèce, vers les îles de la mer Ionienne, où nous avions rendez-vous avec Gilles, un mien ami installé en Grèce pour l'été. Souvenez-vous que nous avions amené puis sorti notre moto de Tunisie sur un catamaran, afin, légère entourloupe, de la mettre sur le "manifeste" douanier du bateau. Explication : la Tunisie est un pays très fermé au importations extérieures, les droits de douane y sont très importants. Tout le matériel que nous "importons" à bord du bateau, doit être consigné sur ledit "manifeste". La douane se réserve, à la sortie, le droit de vérifier si tout est réexporté, pour que du matériel ne puisse entrer en Tunisie sans payer de taxes. Le douanier nous demande donc si la moto est à bord. Nous avons beau lui expliquer qu'elle est trop grande, qu'elle est immobilisée dans un hangar et que nous reviendrons, comme l'année précédente, il n'en démord pas. (Je ne suis pas un imbécile, puisque j'suis douanier !). Nous remontons et nous descendons dans la hiérarchie, le directeur de la marina fait appel à ses amis du parti, rien n'y fait. De plus toute cette agitation attire évidemment l'attention de toute les autorités du pays sur la situation de cette moto en Tunisie. Normalement, un véhicule étranger a droit à trois mois de séjour. Pour prolonger cette période, une procédure existe, jamais pour plus de trois mois supplémentaires et moyennant le paiement de la taxe de circulation pour un an (pour une motocyclette : 600 DT ou 18.000 BEF). Or cela fait deux hivers que nous sommes là ! Après une semaine de palabres et une réunion au sommet, nous sommes fixés sur notre sort : nous (les personnes) pouvons sortir et rentrer comme bon nous semble. On nous fait grâce des arriérés de taxe (j'aurai bien voulu voir ça en Europe), mais la moto ne peut plus circuler. Elle peut sortir de Tunisie quand et comme nous le voulons, mais tant que la moto y est, le bateau doit y rester. Voilà qui est clair ! Comme nous étions prêts à partir, notre téléphone était coupé, nous le rétablissons, téléphonons en Grèce pour joindre Gilles et annuler notre rendez-vous. Cela fait une semaine qu'il essaie de nous joindre pour nous dire qu'il ne pourra y être. Une autre fois, peut-être. Nous sommes en mai et un ami, Cyrille, qui possède un grand bateau (très grand), nous propose de nous déposer avec la moto en Sardaigne. De là nous aurions remonté la Sardaigne et la France à notre aise, à moto, en rendant visite, entre autre, à Annie van de Wiele, la marraine de notre bateau, une charmante dame qui, de 1949 à 1953, a bouclé un merveilleux tour du monde en voilier et qui en a tire un livre adorable intitulé "Pénélope était du voyage". Mais une fois de plus, bouleversement général de nos projets. Le moteur d'"U MATALU", notre bateau hôte qui est révision à Tunis n'est pas prêt à temps à cause de divers imbroglios techniques et douaniers (tiens encore !). Cyrille doit courir pour attraper son premier charter et ne peut nous embarquer. De plus juillet août n'est pas vraiment la période idéale pour faire du tourisme terrestre. Nous décidons donc de rentrer en Belgique en avion, pour cette fois, assister Virginie qui rêve de creuser une piscine dans son jardin. L'idée de la piscine se transforme en celle d'un jacuzi dans la véranda puis en celle d'un bar dans la même véranda. Je joue donc l'assistant-maçon. Re-retour à Monastir en septembre pour un hiver de plus et, en bon rats de marina, nous nous équipons d'une petite antenne satellite pour la télévision. Notre frigo commence à donner des signes de faiblesse. C'est vrai qu'il a déjà un certain âge puisqu'il avait été installé par le propriétaire précèdent de notre bateau. De plus il avait été choisi pour une utilisation de week-end en Hollande et nous l'utilisons 24H / 24 dans des climats un tantinet plus chaud. Il est refroidi par air et placé dans un coffre bleu foncé. Quand le soleil y donne, il a bien du mérite à refroidir quelque chose, Dieu ait son âme. Nous décidons de remplacer le compresseur par un modèle plus puissant et muni d'une plaque de refroidissement à placer à l'extérieur de la coque, dans l'eau de mer. Retour en Belgique pour faire ces achats. Le compresseur est danois mais représenté sans problème en Belgique. Mais la plaque est italienne et seulement vendue en France par une maison établie à Cannes. Contactés par téléphone ils nous disent ne pas pouvoir nous livrer en Tunisie, en Belgique alors ? Non plus ! Il ont un stand au salon nautique de Paris et "consentent" à nous l'apporter sur place. Nous nous y rendons donc (1h20, merci le Thalys!) et y rencontrons de nombreuses connaissances, dont les amis de Vannes auxquels nous avions envisagé de rendre visite. Il travaille maintenant pour un réseau de magasins d'accastillage et y supervise un grand stand. Virginie profite de notre présence pour prendre les vacances qu'elle n'a pu prendre en été et elle choisit Cuba pour être sûre d'y trouver le soleil. Les Antilles... tiens tiens ce n'est pas bête, cette idée... Re-retour à Monastir pour les fêtes, nous y arrivons le 22 décembre et Noël est déjà organisé. Festin, dinde, saumon fumé et dessert de tous les pays du monde. La fête était parfaite. Pour le nouvel-an, nous sommes nommés organisateurs et nous nous en tirons fort honorablement par une gigantesque paëlla. Le copain qui devait nous déposer en Sardaigne, songe maintenant à se rendre en Nouvelle-Zélande pour y faire une refonte complète de son bateau. La traversée de la Méditerranée dans toute sa longueur, Gibraltar, le Maroc, les Canaries, l'Atlantique, les Antilles, Panama, le Pacifique et enfin la Nouvelle-Zélande. Beau programme ! Il nous propose de l'accompagner. Quelques jours de réflexion... Il nous faut être rentrés pour la mi-mars pour assumer mes engagements électriques et notre statut de nouveau grands-parents. Ce qui nous laisse le temps d'aller jusqu'aux Antilles, nous l'accompagnerons donc jusque-là. De rapides mais cependant complets bagages (nous allons d'abord naviguer dans le froid puis finir sous les tropiques), le bateau rangé et fermé, et nous voilà partis. Très mal partis, une tempête et un mal de mer me font hésiter à renoncer lors de notre première escale à Pantaleria. Plus tard le temps se calme et le moral revient un peu. Le bateau est superbe, on y jouit de tout le confort (grande cabine, douche chaude), mais le pilote automatique est en panne ce qui nous oblige à tenir la barre en permanence. Nous voici revenu au temps héroïques de la navigation avec les "quarts". Deux heures de barre et six heures de sommeil ou de loisir. Escale à Carloforte une île au sud de la Sardaigne, juste le temps de trouver l'endroit joli et de faire le plein de mazout, et nous nous dirigeons vers Mahon (la ville d'origine de la mayonnaise parait-il) dans l'île de Minorque. La ville se niche au bout d'une profonde baie et de nombreuses fortifications attestent de l'intérêt militaire qu'a eu cet abri, tout au long de son histoire. Quelques courses et nous nous dépêchons de gagner Barcelone avant une autre tempête annoncée. Pas assez puisque c'est avec un vent de force neuf (pour les non-initiés, c'est beaucoup!) que nous faisons notre entrée, à deux heures du matin dans le deuxième port espagnol.
Grâce à quelques problème techniques, nous avons droit à une semaine pour visiter Barcelone. La ville est assez cosmopolite, de vieux quartiers traditionnels, de l'architecture que l'on dirait "Mussolinienne" mais qui ici est simplement "Franquiste", le tout saupoudré des réalisations du célèbre Gaudi. Un peu le style "Horta" (ils sont contemporains), mais en beaucoup plus outrancier, tout est poussé à l'extrême, rien n'est droit, toutes les excentricités sont permises. De plus la ville a reçu un grand bol d'oxygène en 1992, à l'occasion des jeux olympiques. Beaucoup de choses ont été faites, mais trop vite, uniquement du tape-à-l'oeil, et tout ce qui reste de cette période est déjà passablement délabré. L'ensemble est toutefois très agréable et on sent cette ville plein de vie.
Nous descendons ensuite toute la côte espagnole en découvrant des chefs-d'oeuvre tels que Benidorm et autres stations de la Costa Brava, hauts lieux de villégiature du troisième âge belge. Et nous voilà à Gibraltar, on comprend pourquoi les Anglais se sont accrochés à leur bout de rocher, de là, on "tient" tout le détroit du même nom. L'approche en est impressionnante. Mais la ville, mis à part les nombreux vestiges et souvenirs des diverses guerres et batailles où l'on ne cesse d'évoquer le courage des assiégés manque un peu d'intérêt. La population est constituée d' Espagnols à demi arabes et qui se croient Anglais. Ils ont des plaques anglaises, mais ils roulent à droite, ils boivent de la Guiness mais en mangeant des "tapas" avec les doigts. L'ensemble ne vit plus que grâce au prix plus intéressants (hors-taxes), ce qui attire les espagnols tout proches. La rue principale n'est qu'un alignement de magasins de gadgets électroniques (selon une tradition anglaise, tous tenus par des indiens) et qui vous vendent "cash and carry" tous les derniers caméscopes ou chaînes hi-fi. Départ de Gibraltar, le trafic dans le détroit est intense, mais comparé à la manche ou à l'entrée de l'Escaut entre Breskens et Flessinge, ce n'est pas si grave. Nous descendons à présent le long des côtes marocaines vers les Canaries. Escale à Safi, grand port industriel de la côte atlantique du Maroc. Comme rien n'est prévu pour la plaisance, nous sommes à couple d'une vedette de sécurité, elles même à couple d'une vielle drague, au bout du "quai des phosphates". Il faut faire beaucoup de gymnastique pour escalader les deux bateaux, puis parcourir tout le port à pied, parmi les tas de phosphates (blancs) et les tas de charbons (noirs), que chargent et déchargent, en vrac, de grosses grues et que des pelleteuses répartissent dans de vieux camions poussifs. Un peu de vent là-dessus et je vous laisse imaginer la poussière et notre état à l'arrivée. En ville, il nous faut chercher beaucoup pour trouver un restaurant (il doit passer ici plus ou moins 7,4 touristes par an), mais les tajines que l'on nous sert sont délicieux. Au retour nous repassons par le port de pêche où pour quelques dirhams de plus, le marchand appelle tous ces copains et, ensemble, nous nettoient nos trois kilos de crevettes crues. Trois jours de mer, et nous voilà à Las Palmas, sur Gran Canaria, escale consacrée principalement au ravitaillement en eau et en nourriture. La chaîne de grand magasin espagnole "El Cortes Ingles" (intraduisible), a ici aussi un superbe rayon alimentation. Produits frais, "boitage", jambons et fromages espagnols, nous remplissons quatre gigantesques caddies. Sympas, ils nous livrent le tout jusqu'au port et nous voilà parés pour le grand saut que d'autres effectuèrent jadis sans même savoir ce qu'il y avait de l'autre coté, voire même sans savoir s'il y avait un autre coté. Nous sommes le 3 février, dés le départ, le vent se met à souffler et nous oblige à prendre la fuite, secoués et sous voilure réduite. Cela durera trois jours, pendants lesquels je ne suis pas très vaillant, ce n'est plus le mal de mer mais une fatigue permanente due à la difficulté de dormir dans un bateau continuellement secoué. Raconter une traversée océanique en voilier, cela tient du "syndrome de Stockholm" Pour les non-initiés à la psychologie, j'explique de quoi il s'agit. Lors d'un détournement d'avion (à Stockholm, justement) des pirates de l'air avaient pris tous les passagers en otage et menaçaient à tout moment de faire sauter l'avion. Cela dura plusieurs jours dans des conditions matérielles plus que difficiles. Après leur libération les otages furent évidemment pris en charge par des psy et beaucoup leur déclarèrent que "finalement les pirates n'étaient pas si méchants" et que "plusieurs fois, ils ont été très humains". L'homme est ainsi fait, il oublie les galères pour ne retenir que les bons moments, il oublie les réveils en pleine nuit, les déferlantes qui vous trempent et les assiettes qui se renversent pour ne retenir que les merveilleux couchers de soleil, les nuits étoilées et la découverte de la première terre. Bref ce fut très agréable, nous nous sommes baignés dans une eau bleue dont la température augmentait de jour en jour, nous mangions le poisson que nous avions pris à la traîne, nous savourions la grande houle de l'Atlantique, nous admirions la fuite des poissons volants et nous avons applaudi quand la Martinique est apparue à l'horizon. Nous sommes ancrés dans la baie du Marin, c'est un département français, mais il faut malgré tout déclarer son entrée, il est vrai que le bateau est enregistré aux Iles Vierges Britanniques. Ici tous les bateaux, même français ne peuvent rester que six mois sur une année, au-delà, il faut payer une forte taxe qu'ils appellent "octroi de mer". Comme c'est vraiment le paradis ils n'ont pas trouvé d'autres moyens pour décourager les gens de s'y fixer. Mais la solution est simple, les Antilles foisonnent d'îles autres que françaises et de toute façon pendant l'été (européen) c'est ici la saison probable des cyclones et il vaut mieux descendre plus au sud vers Trinidad et Tobago ou le Venezuela.
Nous restons quelques jours au mouillage dans cette baie, que nous occupons principalement à la recherche d'un logement à terre dans la limite de nos moyens (c'est le paradis ici, donc...) car notre bateau hôte s'apprête à continuer sa route. Nous interogeons les indigènes et tous, très gentiment, nous renseignent, qui un parent, qui un voisin, qui connaîtrait quelquun qui aurait une chambre ou un petit appartement à nous louer. Un brave monsieur nous emmène dans sa voiture avec toute sa famille pour nous montrer un superbe appartement au rez-de-chaussée de sa maison en pleine campagne. c'est très beau, trop grand pour nous et même finalement pas si cher, mais c'est vraiment très loin de tout. Après la visite, toute la famille se réunit sur la terrasse et nous offre un "ti punch" au rhum local (55°), comme nous ne buvons pas d'alcool il se munit d'un grand couteau et s'en va dans son jardin nous cueillir des cocos fraîches qu'il décapite adroitement et nous les offre. Il nous offre ensuite des langoustes préparées dans une sauce locale, délicieux.
Les gens sont absolument charmants, la brave libraire chez qui nous achetons nos premières cartes postales, nous fait cadeau de sa carte de téléphone afin que nous puissions tout de suite donner de nos nouvelles en Belgique. Un brave Martiniquais fait trois fois le tour du village pour aller chez un copain qui possède le numéro de téléphone d'un autre qui aurait un petit studio à louer. Nous finissons par trouver un petit appartement (pas si petit que ça), meublé sans grande recherche mais équipé d'une cuisine complète et surtout merveilleusement situé un peu à l'écart de la route principale dans un petit chemin qui descend vers la mer au milieu des bananiers. Le fils de la propriétaire, Madame Pancrate, habite juste derrière. Nous louons une vespa et nous voilà parés pour visiter la Martinique en long et en large.
à suivre ... |