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Nous avons effectivement profité de nos deux semaines et de notre vespa pour visiter la Martinique en long (une centaine de kilomètres) et en large (une trentaine de kilomètres). Le long des côtes, plages de rêves, sable blanc, cocotiers et récif au large composent la parfaite affiche pour agence de voyage de pays gris et froid. L’une d’elle en particulier, face au Rocher du Diamant (allez voir dans vos encyclopédies ce qu’est le Rocher du Diamant) est le lieu habituel de tournage de toutes les publicités vantant la “folle fraîcheur” des produits “tahitiens” Un peu plus en retrait, plantation de bananes et de canne à sucre, et enfin sur les montagnes du centre de l’île, forêts tropicales (car il fait très chaud et que les sommets attirent la pluie). Arbres géants, fougères arborescentes de plus de 10 mètres, lianes, perroquets...

Ce n'est pas moi, mais un local

L’île est un département français et vit bien évidement principalement du tourisme, de la culture des bananes, bien que le prix de la main d’oeuvre “française” ait du mal à concurrencer celui des républiques “bananières”, et aussi de la culture de la canne à sucre. Il y a longtemps que celle-ci n’est plus employée à la production de sucre (depuis l’utilisation en Europe de la betterave sucrière, mais nous en reparlerons), mais il reste le rhum...

En bons touristes disciplinés, nous avons bien sûr visité une distillerie, celle de la marque “LA MAUNY”. Bizarre de constater à quel point cette fabrication est restée artisanale. Le broyage des cannes et le pressage de la pulpe pour en extraire le jus sont assurés par de vielles presses entraînées par une machine à vapeur dont la chaudière est alimentée par... les restes de cannes broyées et pressées... Le jus est ensuite stocké dans d’immenses cuves à ciel ouvert et additionné de levures. Commence alors la fermentation, je ne vous parle pas de l’odeur (n’oublions pas que fermentation et pourriture sont synonymes). Quand tout est fini et qu’il flotte à la surface une bouillasse mousseuse et pestilentielle, on distille et on obtient du rhum... à plus de 70°. Dilution, mise en bouteille ou en fût pour le vieillissement, exportation, mais surtout consommation locale. On nous a cité le chiffre de consommation moyenne par habitant et par an, effrayant !

L’histoire du peuplement de ces îles est particulière, au début de braves indiens locaux, puis une invasion très brutale et sauvage de leurs collègues mexicains. Arrivent alors les “blancs”, principalement des Anglais et des Français. Les Espagnols ne s’intéressent pas aux petites îles, ils ne cherchent que de l’or. L’intérêt des petites Antilles apparaît avec la découverte de la canne à sucre et la demande croissante de l’Europe en sucre. Comme cette culture requiert beaucoup de main d’oeuvre peu qualifiée, les Européens se tournent alors vers leur source habituelle : l’Afrique. Le “commerce triangulaire” fonctionne à plein, tant pour le coton nord-américain que pour le sucre des Antilles. Je vous passe les guerres franco-anglaises, la révolution française et les révoltes d’esclaves.

Arrive en Europe la culture de la betterave sucrière. Les colonies des Antilles ne servent plus à rien... Les Anglais s’en débarrassent, mais pas les Français. Guadeloupe et Martinique deviennent des “départements d’outre-mer”. La population est principalement composée de noirs, descendants des esclaves importés et tous aussi français que Julie Lescaut.

Il est amusant de constater que, si la récolte de la canne à pu être mécanisée sur les terrains plats, les champs à flancs de coteaux se récoltent encore manuellement. Impossible au prix de la main d’oeuvre “française”. La solution : faire venir des “esclaves”. Et c’est maintenant de Haïti que viennent les coupeurs de canne... Ironie de l’histoire.

Les plages sont bien sûr occupées (pas bondées) par les touristes, mais le samedi et le dimanche ce sont les locaux qui entassent femmes, enfants, pic-nic et tam-tam dans les voitures et qui “envahissent” le bord de mer. Je vous laisse deviner l’ambiance... le rhum aidant.

La plage des "salines"

C’est effectivement le paradis des batouilleurs... donc il y en a beaucoup. Donc tant qu’ils ont de l’argent, tout va bien, mais essayer de trouver sur place de quoi remplir la caisse de bord, il ne faut pas trop y compter. Légalement, c’est presque impossible et, illégalement, la concurrence est très rude. Beaucoup de bateaux pourrissent là, en même tant que leurs propriétaires, le rhum aidant...

Pour nous qui n’avions jamais vu de végétation subtropicale, c’est un enchantement, nous avons multiplié les promenades autour des sommets de l’île et empli nos yeux et notre caméra de cette luxuriance végétale.

Sans commentaires !

La Martinique c’est aussi St Pierre et le volcan du mont Pelé. son ascension complète ne peut se faire qu’à pied et nous n’avons pas eu ce courage, d’ailleurs, il mérite bien son nom...

Rien qu’au port du Marin, sur trois semaine de séjour nous avons rencontré quatre bateaux connus, Monastir est bien le centre mondial des vagabonds des mers.

Notre vie reste une vie de vagabonds certes mais de moins en moins “des mers”. C’est en avion (7 heures !) que nous avons regagné l’Europe, puis la Tunisie pour terminer l’électricité du bateau d’un ami, passablement inquiet de me savoir parti “au bout du monde” alors que tous les fils électriques de son bateau étaient coupés.

Notre bateau est resté bien sagement à nous attendre, il nous faut maintenant songer à ramener en Europe cette moto qui le bloque (voir épisode précèdent). Les ferries depuis Tunis ont deux destinations, Gènes et Marseille. Allez savoir pourquoi, c’est beaucoup moins cher vers Gènes que vers Marseille. Notre première visite en France est pour des amis habitants Toulon, pres de Marseille. Quelques kilomètres à moto en Italie ne nous font pas peur et la différence de prix étant significative, nous optons pour Gènes.

Fin juin, nous sommes le 29, le flot principal des voyageurs est dans l’autre sens. tous les “émigrés” tunisiens d’Europe rentrent au pays pour les vacances, avec toute la famille et dans des véhicules les plus hétéroclites et chargés au delà de la limite des suspensions.

Donc dans ce sens, le bateau est vide, nous sommes une quarantaine de personnes sur un navire prévu pour 1000 passagers et il y a 16 véhicules dans les immenses garages. Pour simplifier les problèmes d’intendance, on nous attribue à tous des cabines de première classe, nous n’allons pas nous plaindre. Au large de la Corse, le commissaire de bord nous rassemble tous au bar et nous annonce que pour des raisons internes à la compagnie (il ont eu un problème avec un autre bateau), nous n’allons plus à Gènes, mais à Marseille. Nous gagnons une nuit sur le bateau (en première classe) et nous n’avons plus que 40 kilomètres à faire à l’arrivée. Les italiens râlent et gueulent très fort, les tunisiens ne mouftent pas (la compagnie est tunisienne), et nous réclamons aussi pour le principe. Tous les repas à bord furent alors gratuits, nous passâmes une nuit de plus dans notre belle cabine et, en débarquant au petit matin à Marseille, ils nous remboursèrent encore la moitié du prix de notre billet...


Notre remontée (nous avons fait plus de 3.000 Km pour un trajet à vol d’oiseau de 1.200 Km) fut un véritable “tour de France des bons accueils”. Toulon, Béziers, Miradoux, Campagne, Vannes et enfin Bruxelles. Que des gens chaleureux, des découvertes inoubliables. Mais la palme revient à notre marraine, Annie van de Wielle, qui après avoir bourlingué, avec son mari, autour du monde, vendu leur bateau pour s’installer en Afrique comme guide de chasse, puis comme défenseur de la faune sauvage, reconstruit un bateau pour repartir sur les mers, acheté puis restauré de leurs mains un château médiéval, s’est maintenant installée pour y jouir d’une retraite, pleine de souvenir mais néanmoins active, dans un délicieux petit village du Gers.

Retour en Belgique ou des événements divers nous forcent à rester jusque début novembre. Nous aurions bien aimé passer tout l’hiver sur le bateau, mais vous savez ce qu’il en est de nos projets... Retour donc en Belgique, devinez pourquoi, une installation électrique. Nous avions annoncé à Monastir que nous serions de retour vers la mi-janvier. Mais... Un ami venait d’acheter un bateau. Ledit bateau se trouvait à terre dans un port de l’île de Majorque. Comme cet ami travaille (lui !), il n’a de temps à consacrer à son bateau que le week-end, il avait beau envoyer des fax et téléphoner pour demander au chantier de faire la peinture sous-marine et de le mettre à l’eau, rien ne bougeait. S’il prenait un avion pour y passer le week-end, il ne trouvait bien évidement qu’un chantier fermé.

Il nous prête donc sa voiture pour que nous allions débloquer la situation sur place. Bruxelles-Barcelone en une traite (facile avec une Mercedes 3000 XXXTI triturbo 22 cylindres, 47 soupapes) embarquement dans un ferry catamaran à grande vitesse, et nos voilà à Majorque. Quand vous êtes sur place pour les... ils travaillent vite et bien et en une journée, le bateau est à l’eau. Nous faisons une petite sortie en mer pour essayer les organes indispensables, le moteur tourne, les voiles se déroulent et n’ont pas l’air trop usées, les pompes fonctionnent. Bon pour le service, toutefois, en matière d’instruments de navigation et d’électronique, le précédent propriétaire n’a laissé que ce qui ne marchait plus ou était complètement dépassé, et quelques points de confort sont à revoir... Retour en Belgique...

Son propriétaire ramène donc ce bateau de Majorque à Barcelone et nous signale que si nous mourons d’envie de faire faire les quelques petits aménagements et de refaire l’électronique du bord, rien ne nous en empêche. Nous aimons beaucoup Barcelone, rien ne nous presse, le temps de remplacer notre vielle moto de 24 ans par une jeunette de 9 ans, et nous voilà repartis.

Un mois et demi sur place, avec la moto pour visiter à notre aise les moindres recoins de Barcelone et les Pyrénées toutes proches, quelques petits travaux quand même . Nous avons remplacé complètement l’électronique de bord, nouveau sondeur, nouveau loch, nouvelle girouette-anémometre (à installer en tête de mat, 16 M de haut), nouveau système de navigation GPS avec cartographie informatique. Du travail certes, mais on se fait plaisir à travailler avec du beau matériel.

Deux jours après notre départ, alors que nous visitions Carcassonne, le propriétaire revient à bord dans l’espoir de descendre le bateau vers le sud, mais une violente tempête le force à ne faire que du tourisme terrestre à Barcelone. Deux semaines plus tard, alors que nous nous gavons de magrets de canards et de foie gras dans le Périgord, re-tentative de navigation du propriétaire qui rencontre quelques problèmes... Il nous joint par téléphone (merci le portable) et quelques jours plus tard, nous voila de retour à Barcelone. Le joint de culasse du moteur, n’est pas brûlé comme nous le craignions, mais toute la ligne d’échappement l’est. Quelques pièces à commander, quelques exploits de contorsionniste et le problème est résolu.

Re-retour et comme nous sommes une fois de plus arrêtés dans le Périgord, au détour d’une colline, nous voyons en l’air, des parapentes. Nous les rejoignons à l’atterrissage, puis en haut au décollage, où un pilote absolument charmant nous propose de faire avec lui un vol biplace. Rendez-vous est donc pris pour le lendemain. Nous volons chacun à notre tour et l’impression est très favorable... Nous approfondirons...

Nous nous arrêtons encore à la Morlaye, près de Paris ou l’équipage d’”Archibald” (voir épisodes précédents) se ressource à la civilisation pendant que le bateau se repose en Malaisie. cela fait trois ans que nous ne nous étions plus vu et là aussi, l’émotion est au rendez vous.

Re-re retour en Belgique où nous passons le mois d’août dans la superbe maison d’amis qui sont contents eux aussi de pouvoir partir en laissant chats, chien, chevaux et maison en des mains connues.

Le parapente, nous avions aimé... Nous nous rendons donc dans les Alpes, à Mieussy (entre Genève et Chamonix) pour un stage de formation au pilotage de ces engins. C’est génial, c’est divin, c’est le grand pied bleu... Trois kilo et demi de toile et de ficelle, une petite sellette, quelques pas sur une pente douce et le plus vieux rêve de l’homme s’accomplit. Si messieurs Lilienthal et Mignet avaient pu voir cela... C’est une sensation unique, c’est la forme la plus simple du vol, car c’est bien de vol qu’il s’agit. On pilote un vrai planeur qui pour les modèles simples dont nous disposons (nous ne sommes encore que des débutants) possède déjà une “finesse” de 7, c’est à dire que pour une hauteur de 100 m, on peut parcourir une distance horizontale de 700 m. Si l’on profite adroitement des courants ascendants (dont les montagnes sont riches), on peut rester en l’air très longtemps. A mon dernier vol, j’ai tenu 2H15, et encore, ne nous sommes nous posés que parce que notre terrain d’atterrissage, dans le fond de la vallée était déjà dans la nuit, alors que la haut, nous étions encore dans la clarté du soleil couchant. Ajoutez à cela que vous êtes au coeur (vraiment au milieu !) des plus beaux paysages du monde (nous avions le sommet du Mont Blanc teinté d’or par les derniers rayons de soleil comme horizon), et vous comprendrez que, bien sûr, nous avons décidé de revenir ici aussi...

Dans le fond : le Mont Blanc


Retour à Bruxelles (air connu !). Entre-temps, le bateau acheté à Majorque et équipé à Barcelone est descendu avec son propriétaire jusque Gibraltar. Comme celui-ci le destine à un usage belgo-hollandais, l’installation d’un chauffage à bord ne serait pas un luxe. Comme nous avons le temps... (air tout aussi connu !) Bref nous voilà, après 2400 Kms français et espagnol, dans le même bateau. Une semaine de petits travaux sur place et le propriétaire nous rejoint pour effectuer ensemble la remontée du Guadalquivir, jusque Séville. Ville magique, mélange d’histoire musulmane et profondément catholique. C’est de Séville que Christophe Colomb est parti à la conquête du nouveau monde pour le compte de la très catholique Isabelle. Après la basilique St Pierre à Rome, la cathédrale de Séville est le plus grand édifice du monde chrétien.

Nous sommes amarrés au coeur de la ville, au quai ombragé du “Club Nautico”, vénérable institution dont tous les gens “biens” de la ville se doivent de faire partie. Le soir, les samedis et dimanches, c’est un défilé de gens respectables et endimanchés qui se réunissent dans les fauteuils profonds du bar et au restaurant où les enfants ne sont tout simplement pas admis. Ceux-ci rament ou font du petit voilier sur la rivière. Notre statut d’invité au club nous donne droit à l’utilisation de toutes les installations, dont les trois piscines réparties dans le parc à l’entretien très “britanique”. Avec la moto sur place, nous avons été très heureux de passer là trois semaines à visiter la ville et ses environs et à finaliser l’installation du chauffage.

Si en novembre il fait encore très doux en Andalousie, dans le grand nord, entre Bordeaux et Bruxelles, nous avons été mouillés et nous avons eu froid. Quand je vous disais qu’a défaut de vagabondages nautiques, nous bougions quand même pas mal : depuis son acqusition en mai, notre “nouvelle” moto compte maintenant 21.000 kms de plus au compteur.

 La vie n'est pas trop dure

A suivre...

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